Cyril Dessel, malentendant et cycliste professionnel
Cyril Dessel est cycliste professionnel de l’équipe AG2R et il est malentendant ! Il avait porté le maillot jaune du Tour de France 2008.
Bonjour Cyril Dessel. Vous êtes cycliste professionnel dans l’équipe AG2R. Pouvez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?
J’ai commencé à jouer au foot pendant cinq ans (j’étais gardien de but). Puis j’ai été entraîné au vélo par ma famille : mon père et mon frère sont fous de la petite reine, ils s’entraînent tous les week-ends, mon beau-frère court en amateur… J’ai débuté la compétition à l’âge de 16 ans en cadet, c’était en 1990 à Pélussin. J’ai enchaîné les victoires, jusqu’à devenir Champion de France espoir (en Contre la montre) en 1996.
Je suis passé professionnel le 1er janvier 2000, d’abord dans l’équipe Delatour jusqu’en 2002, dans l’équipe Phonak en 2003-2004, et depuis dans l’équipe AG2R.
Pouvez-nous nous parler de votre surdité ?
Je ne suis pas sourd profond : j’ai des pertes auditives dans les fréquences aiguës, et ce depuis la naissance. C’est à l’école, en primaire, que l’on s’en est rendu compte : j’étais gêné pour comprendre l’enseignant. J’ai été voir un médecin ORL qui a détecté ma déficience auditive. Mais en fait, je ne m’en suis pas vraiment occupé. Je ne suis appareillé que depuis 2002-2003 : faisant partie de l’équipe Phonak, j’ai pu bénéficier d’un suivi particulier.
Cette déficience auditive vous gêne-t-elle dans la vie quotidienne ?
Oui, il faut que je sois attentif pour suivre une conversation. Du coup, j’ai été souvent un peu victime d’isolement. J’essaie d’en faire abstraction, et les gens que je rencontre ne s’en rendent pas forcément compte. Ceux que je côtoie souvent remarquent que je fais régulièrement répéter, ou bien qu’il m’arrive de redire quelque chose qui vient d’être dit par quelqu’un d’autre. C’est assez pénible.
La déficience auditive a-t-elle des répercussions dans votre vie professionnelle, le cyclisme ?
Oui et non : elle ne m’empêche pas de courir et de gagner. Par contre, je dois être très atttentif au niveau visuel. Un exemple : les ilôts directionnels, lors des courses, sont signalés par un gendarme qui siffle.
Je n’entends pas ces sifflets, car le son est aigu. Je dois donc faire plus attention que les autres coureurs. D’autre part, les autres coureurs savent que j’entends mal, et quelques fois, je me suis fait chambré parce que je fais répéter.
Bénéficiez-vous d’aides techniques particulières ?
Non. Pour les courses, je ne peux pas porter d’appareils auditifs à cause du bruit, du vent… D’autre part, sous le casque, nous portons une oreillette pour recevoir les consignes de notre équipe. Je n’ai pas de problème à ce niveau.
Avez-vous rencontré d’autres difficultés dans certaines situations ?
J’ai eu des problème avec des téléphones portables : certains ont des sonneries aigües que je n’entends pas ou mal. Il m’est arrivé de devoir mettre très fort la sonnerie pour la percevoir, et cela pouvait gêner les personnes qui m’entouraient. Il faut que je fasse des essais de sonnerie avant d’acheter un nouveau téléphone. D’autre part, il faut que je fasse attention à ne pas m’exposer à des bruits trop intenses pour ne pas aggraver ma perte auditive. Heureusement pour moi, elle n’évolue pas vite.
J’espère aussi que les appareils auditifs seront à l’avenir de plus en plus performants, afin de pouvoir retrouver une audition quasi normale.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes sourds ou malentendants ?
Il faut prendre conscience qu’on est comme tout le monde. C’est à nous de nous faire une place dans la société. Il ne faut pas se laisser endormir par son handicap : on peut réussir à faire de belles choses.
> Cet interview avec Cyril Dessel a été réalisé en 2008 par le Centre d’Information sur la Surdité.<


Cyril Dessel a abandonné le Tour de France au cours de la 17e étape entre Bourg-Saint-Maurice et le Grand-Bornand.
Dommage ! Mais je le félicite tout de même car nous savons que le tour de France est très difficile et très exigeant !
Bonne continuation à lui !